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imageInteractions Santé - Mai 2021


« Le projet "S'épanouir ensemble" permet de répondre aux besoins concrets des structures petite enfance »

Confrontées aux évolutions réglementaires sur la qualité de l’air intérieur dans les établissements recevant du public, les structures petite enfance ont dû mettre en place de nouvelles pratiques, ouvrant la voie à une approche plus large de la santé.

Dans le Rhône, cette révolution pour le bien-être des plus petits réunit depuis déjà plusieurs années les institutions autour du projet « S’Epanouir Ensemble », qui permet aux professionnels de la petite enfance, sur une journée début juillet, d’échanger sur leurs actions. Comment l’approche initiale du développement durable a-t-elle permis d’appréhender plus globalement le bien-être des tout-petits ? En quoi ces journées « S’épanouir ensemble » sont-elles précieuses pour les professionnels ?

Retour sur cette démarche portée par l’ARS Auvergne Rhône-Alpes, la Métropole de Lyon, la CAF du Rhône, le Département du Rhône et avec le concours de l’ADES du Rhône.

ENTRETIEN AVEC

Catherine CAPGRAS, Responsable Unité Promotion de la Santé, Direction santé PMI, Métropole de Lyon
Sandra FREY, Chargée de mission santé environnement, DTEE/DEEE/Service écologie, Métropole de Lyon
Jessica BERGER, Chargée de projets ADES du Rhône et de la Métropole de Lyon

A l’origine, en quoi le projet « S’épanouir ensemble » était-il novateur dans son approche ?
Et comment a-t-il évolué ?

Sandra Frey

Notre projet est né en 2017 d’une conjonction d'intérêts entre le service du Développement Durable et celui de la PMI de la Métropole de Lyon, dans l’idée de faire passer des messages sur le développement durable aux professionnels de la petite enfance. Parler de développement durable sur un champ social, c’était à l’époque tout à fait nouveau.

Jessica Berger

Introduire le concept de développement durable dans la petite enfance n’était pas en effet une priorité à l’époque. La nouvelle réglementation sur la qualité de l’air intérieur, qui allait rentrer en vigueur en 2018, a soulevé des questions chez les professionnels de la petite enfance. Ce qui nous a permis de travailler plus globalement sur la santé environnement, en abordant d’autres questions comme les couches lavables, le compost, éduquer dehors, les crèches ouvertes, etc.

C’est d’ailleurs intéressant car entre institutions et partenaires, nous n’avions pas tous les mêmes visions de la transition écologique. Pour certains, c'était le compostage, pour d’autres, c'était les produits ménagers ou le besoin de nature. Le sujet initial s’est peu à peu enrichi : nous parlons désormais de qualité sonore, des ondes électromagnétiques, des perturbateurs endocriniens, c'est beaucoup plus large.

Catherine Capgras

Les premières journées que nous avons organisées étaient donc très centrées sur l'éco responsabilité, puis au fil des années, d’autres préoccupations ont émergé de la part des professionnels de la petite enfance, comme le repérage de l’autisme ou les violences, nous amenant à aborder d’autres thématiques au profit d’une approche plus large de la santé.

Cette vision est d’ailleurs au cœur de la mission de la PMI sur les structures d'accueil du jeune enfant ou chez les assistantes maternelles, puisque la PMI est garante des conditions d’accueil du jeune enfant (santé, sécurité, épanouissement et bien-être). Nous devons donc considérer la santé globale de l'enfant dans son environnement et dans tous ses milieux de vie.

Jessica Berger

On a également pu constater un turn-over assez important des professionnels dans la petite enfance. Or il est important que le professionnel se sente bien dans son environnement de travail, pour lui-même et parce que cela facilite la mise en place de projets. La notion de développement durable s’est donc aussi élargie à celle de la posture du professionnel, l'environnement sonore, la prise en comptes des émotions chez les professionnels, l'interculturalité parents-professionnels, etc.

Nous nous sommes donc davantage orientés sur les questions du bien-être du trinôme parents, enfants et professionnels. Et le projet s’est alors appelé « S’épanouir ensemble ». C’est toute la communauté éducative qui se trouve impliquée dans ces changements de comportements qui agissent sur l’environnement de l’enfant.

Catherine Capgras

La force aujourd’hui du projet « S’épanouir ensemble », c’est aussi sa mise en œuvre dans le cadre d’un partenariat entre la Métropole de Lyon, la CAF, l’ARS, le département du Rhône et l’ADES du Rhône. Nos travaux initiaux à la Métropole avaient en effet rapidement fait écho avec le projet régional de santé de l’ARS et le schéma départemental de service aux familles de la CAF, qui mettaient en avant, eux aussi, l'importance de l'environnement autour de la santé de l'enfant. Le fait de porter le même message de façon interinstitutionnelle participe au succès de ces journées qui rencontrent chaque année un grand succès.

Que peuvent apporter les journées « S’épanouir ensemble »  aux professionnels de la petite enfance qui y participent ?

Catherine Capgras

Ces journées, ouvertes aux professionnels de la petite enfance du Rhône, constituent des partages d'expériences. Elles montrent à chacun qu’il est possible de mener des actions dans sa propre structure pour améliorer la santé de l'enfant et des professionnels. Les professionnels sont vraiment intéressés de voir ce qui se passe sur les autres structures : « Comment je peux me l'approprier ? » « Est-ce que c'est possible ? » Cela leur permet de répondre concrètement à ces questions.
Nous avons aussi le souci de répondre aux besoins des professionnels et d’identifier les besoins et thématiques qui deviennent prioritaires. Les thématiques des ateliers et conférences  « S’épanouir ensemble » évoluent chaque année, ce qui permet de répondre concrètement aux besoins des structures.

Jessica Berger

Ces journées reposent sur un principe d’alternance entre des conférences et des ateliers très concrets et pratiques, par exemple sur la mise en place d’ateliers de yoga pour les enfants, la fabrication de produits ménagers maison, de jeux avec des outils recyclables comme des bouchons. 

Œuvrer pour le bien-être des tout petits, n’est-ce pas quelque chose que les professionnels faisaient déjà ?

Catherine Capgras

C’est en effet une priorité pour les professionnels de la petite enfance. La PMI accompagne les structures et les professionnels de la petite enfance autour d’une vision commune et les guide sur des améliorations à apporter : aménager l’espace, agir contre bruit ou la pollution, c'est une vraie plus-value pour tous, surtout pour les enfants et les familles.

Jessica Berger

C’est important de respecter la temporalité des professionnels de la petite enfance : pour certains la prise en compte du bien-être global des enfants est une préoccupation qui a déjà fait évoluer leurs pratiques, pour d’autres, c’est encore à questionner et à travailler notamment grâce aux témoignages de leurs homologues.

Concernant les émotions, par exemple, le traditionnel « arrête de pleurer ! » qui était d’usage auprès des enfants a évolué vers une formule ajustée aux besoins émotionnels : « pourquoi tu pleures ? As-tu besoin d'un jouet, d'un câlin ? ». Ce changement de posture se constate de plus en plus dans les pratiques quotidiennes.

Quelle que soit leur manière d'agir, les professionnels ont tous, de façon presque viscérale et passionnelle, la volonté d’œuvrer pour le bien-être de chacun, malgré leur charge de travail et les nombreux protocoles auxquels ils sont soumis.

En termes d'applications concrètes dans les structures petite enfance, quels changements vous semblent prioritaires aujourd'hui ? 

Catherine Capgras

C’est assez complexe car les structures sont de types différents : il peut s’agir d’une seule crèche, des micro-crèches, de grosses structures, qui sont portées différemment et avec des réglementations spécifiques. Leurs priorités ne sont donc pas similaires. Pour certaines structures sans espace extérieur, par exemple, le fait de proposer des activités dehors est important. Pour d’autres, il sera davantage essentiel de travailler autour de l'alimentation, des déchets ou sur la gestion des émotions, les liens entre parents et  professionnels, etc.

Sandra Frey

La qualité de l'air me semble prioritaire, car c'est un volet réglementaire et les établissements n'ont pas tous les mêmes facilités pour arriver à répondre à cette obligation. C’est un thème qui permet aussi d’aborder d’autres sujets, comme les produits de ménage, d'hygiène, les modes d’approvisionnement…

Y a-t-il aujourd’hui une prise de conscience générale autour de la santé des plus petits ?

Catherine Capgras

Il y a une vraie mouvance avec le projet national “Les 1000 premiers jours” qui vient appuyer l'importance de l'environnement de l'enfant dans tous ses milieux de vie ainsi que le rôle de la prévention et de la promotion de la santé pour les plus petits.
Cette impulsion nationale permet de mettre en avant nos actions autour de la périnatalité, chez le tout petit à domicile, dans les structures d'accueil collectives, chez l'assistante maternelle. Cette dynamique est pour nous facilitante, mais ce sont des préoccupations qui existaient déjà sur le terrain, au cœur des missions de la PMI.
On voit bien quand même qu’au niveau sociétal, il y a une prise en compte de la santé environnement qui est bien plus importante aujourd'hui qu'il y a quelques années. 

L'idée de ce projet, c'était aussi d'impliquer les parents. Comment faire, comme le disait le rapport des 1000 premiers jours, pour remédier aux inégalités de destin ? 

Catherine Capgras

L’implication des parents est un des trois axes des journées « S’épanouir ensemble », grâce à des ateliers sur les façons de faire participer les parents au sein des crèches ou des relais d'assistants maternels. On peut aborder ces questions par des thématiques comme les écrans, le jeu, ou en présentant aux professionnels différentes animations de type café des parents. Cette approche, qui vise à toucher l'ensemble des personnes qui fréquentent les structures petite enfance, contribue à réduire les inégalités sociales de santé. 

Sandra Frey

Pour venir travailler sur les inégalités de santé, un des objectifs de la République est justement, à travers ces accueils collectifs, d’essayer de venir apporter à ces enfants ce qu'ils ne trouvent pas au sein de de leur milieu de vie habituel, et d’apporter une forme de compensation. 

Avez-vous constaté un impact de la crise sanitaire sur le milieu de la petite enfance ?

Jessica Berger

Il y  a eu du positif d’une certaine façon, car dans les structures petite enfance, ouvrir les fenêtres est devenu un réflexe. Mais les confinements ont exacerbé les problématiques des violences intrafamiliales : les responsables de crèches, qui ne voyaient plus les familles, ne pouvaient plus jouer leur rôle d’alerte auprès de la PMI. Les problèmes de violences intrafamiliales étaient moins visibles. Et comme on le sait, l'usage excessif des écrans a également eu des impacts durables sur la croissance des enfants.

Avez-vous déjà perçu un impact des journées « S’épanouir ensemble » ?

Sandra Frey

Nous constatons qu’il est de plus en plus facile de trouver des crèches témoins quand nous organisons nos journées. Et d’autre part, les temps de sensibilisation dans les structures, organisés par des Villes ou des groupements de crèches, se multiplient. Le nombre de crèches labellisées augmente. En ayant été les premiers à lancer un tel projet sur la Métropole de Lyon, nous avons certainement contribué à cette dynamique générale.

Jessica Berger

Sur le thème du bien-être du professionnel, nous avions par exemple travaillé dans un atelier sur la mise en place d'un tableau à émotions. Celui-ci servait à mieux connaître l'état d'esprit de ses collègues, il avait bien fonctionné, et ce principe a été repris par la suite dans certaines structures.

Ce projet, en créant du lien, a également le mérite de donner l’impulsion à d’autres travaux communs, menés en parallèle par notre groupe de travail, comme la question du handicap ou la sensibilisation des assistantes maternelles à la qualité de l'air intérieur. On s’aperçoit aussi que ces journées offrent de nouvelles perspectives, peuvent jouer le rôle de déclencheur ou accélérer des initiatives en cours, comme la sensibilisation de la ville de Lyon auprès des crèches municipales sur le besoin de nature et les crèches du dehors.

Quel message voudriez-vous faire passer aux futurs participants du Rhône des journées s’épanouir ensemble ?

Jessica Berger

Vous allez voir, vous allez passer une bonne journée ! 
Vous aurez l’occasion de pouvoir partager, échanger avec d'autres professionnels et vous sentir moins isolés dans votre projet

Propos recueillis par Anne Demotz, IREPS ARA.
Entretien réalisé pour la lettre Interactions Santé,  IREPS ARA, mai 2021.


La journée  "S'épanouir ensemble" 2022



5ème édition des journées « S’épanouir ensemble »



Le mardi 5 juillet 2022
Lieu : OCELLIA, 20 rue de la Claire, Lyon 9ème

Bien-être, santé, transition écologique pour les enfants, les parents et les professionnels en EAJE et RAM
Cette journée, co-organisée avec l’ADES du Rhône et de la Métropole de Lyon, est à destination des professionnels des structures d’accueil du jeune enfant (EAJE, RPE...).
Différents ateliers pratiques ainsi que deux conférences seront proposés afin de favoriser les échanges autour des actions développées en EAJE et Relais petite enfance sur les questions de la santé, la qualité de l’accueil, le bien-être et l’éco-responsabilité...

Avec le soutien de l’ARS Auvergne Rhône-Alpes, la CAF du Rhône, le Département du Rhône et la Métropole de Lyon (services PMI et Écologie).

Plus d'informations
 prochainement sur le site internet de l'ADES du Rhône



A REVOIR



Retrouvez les vidéos des journées « S’épanouir ensemble » 2019 organisées en webinaires cette année-là pour des raisons sanitaires :

WEBINAIRES

CAPSULES VIDEO (3mn)

  • Chaleur, canicule en EAJE
    Les bons gestes à adopter pour se préserver ou d'atténuer les pics de températures dans les crèches.

  • Comprendre les émotions de l'enfant
    Les bénéfices d’un travail mené autour des émotions des jeunes enfants accueillis chez une assistante maternelle et en Relais Petite Enfance.